“Proust fait peur… Or cette oeuvre n’est pas difficile”, A. Compagnon

La Recherche à hauteur d’homme

par Antoine Compagnon dans Le Magazine littéraireMensuel n°496, daté avril 2010 

L’oeuvre de Proust reste trop peu lue. Sa monumentalité supposée intimide : trop complexe et élitiste, perverse et autarcique. Loin d’être une écrasante machine infaillible, ce texte, écrit au pas de course, est au contraire très hospitalier, débordant de vitalité et d’humour.

Proust fait peur. C’est pourquoi la plupart des gens, alors que ça leur ferait du bien, n’ont pas lu À la recherche du temps perdu. Ils y songent parfois, mais ils sont rebutés par la taille de l’oeuvre. S’ils achètent quand même Du côté de chez Swann, ils bronchent devant ses quatre cents pages quand ils découvrent que six autres volumes suivent. S’ils s’y risquent, seule une moitié d’entre eux se procurera À l’ombre des jeunes filles en fleurs, et une moitié de cette moitié Le Côté de Guermantes. Après quoi, il est vrai, la déperdition se réduira. Pourquoi tant de réticence ? Pourquoi autant d’abandons ? Parce que cette oeuvre est longue. Parce qu’elle a la réputation d’être difficile. Parce qu’elle en impose comme un monument qui ne cesse de grossir depuis qu’il a été déposé dans la littérature française entre 1913 et 1927. Parce qu’elle traite de questions graves, profondes, inquiétantes : l’amour, la mort, l’art. Parce qu’on associe son auteur au snobisme, à la perversion, au mal. Ainsi, la résistance à Proust reste forte presque un siècle après son apparition dans la vie littéraire.

Or cette oeuvre n’est pas difficile. Ceux qui prétendent qu’elle l’est sont de mauvaise foi et le font pour rester entre soi, pour « en être », comme on disait chez les Verdurin. Les phrases de Proust sont sans doute interminables, du moins certaines d’entre elles, mais rien n’empêche de les lire vite, comme elles ont été écrites. Si on commence à s’arrêter sur la construction syntaxique de chaque phrase, si on cherche à l’enfermer dans une de ces analyses logiques comme on les faisait à l’école primaire, il est certain qu’on n’en aura jamais fini. Et puis on s’apercevra que cette syntaxe est parfois bancale, que Proust lui-même se perdait dans ses rallonges, entre les participes présents en porte-à-faux et les parenthèses non refermées.

Peut-être est-ce la première chose dont il faut se convaincre pour pouvoir se plonger dans Proust : cette oeuvre n’est pas parfaite, elle est ce qu’elle est, mais elle aurait pu être autre chose. Le livre que nous tenons en main est contingent, inachevé ; il a été interrompu par l’imprimeur pour les premiers volumes, par la mort de l’auteur pour les derniers. Il a été, pour ainsi dire, bâclé. Si ce roman peut, doit être lu vite – il sera toujours temps d’y revenir -, c’est aussi que, à l’encontre d’une idée reçue qui effraie aussi, il a été conçu dans la hâte, entre 1909 et 1912 pour la première version à peu près au point à la veille de la Grande Guerre, entre 1915 et 1916, pour la seconde version introduisant Albertine, c’est-à-dire en très peu de temps. Au-delà, Proust relit, révise, remembre, raccorde indéfiniment. Montaigne, lui, a mis vingt ans à écrire les Essais, de 1572 à sa mort en 1592, soit moins de soixante pages par an. Proust, lui, fonçait.

Si beaucoup de phrases laissent à désirer, la construction d’ensemble est elle-même problématique. Proust assurait avoir écrit la fin pour commencer, c’est-à-dire avoir su le sens de son roman avant de l’écrire. Sans doute, mais les aléas de la rédaction, retardée notamment par la guerre, ont perturbé la doctrine du Temps retrouvé. Le texte définitif – si on peut parler d’un texte définitif de La Recherche – ne correspond plus à la doctrine initiale. Et c’est heureux. Une oeuvre qui se conforme à son programme, c’est une oeuvre qui s’épuise vite, parce que ses lecteurs ont tôt fait de l’assimiler, mais une oeuvre déséquilibrée entre son projet et son accomplissement, c’est une oeuvre qui a de quoi franchir le temps. Non pas que toutes les oeuvres imparfaites soient promises à la postérité, bien entendu, mais celles qui portent en leur coeur un ratage magnifique, la contradiction par rapport à tout dessein qui est la vie même. Roman vite fait, roman imparfait, roman réussi pour ces raisons mêmes, parce qu’il donne prise au lecteur, À la recherche du temps perdu ne devrait pas effaroucher. De plus, c’est un livre drôle, un livre où on n’en finit pas de rire, ou de sourire, ce qui n’empêche pas de penser.

Roman comique, La Recherche l’est d’abord en ce sens ordinaire, comme une comédie de Molière. Mais La Recherche est aussi une comédie dans un sens plus surprenant, et même exceptionnel, pour une oeuvre moderne : son dénouement est heureux. L’un des traits les plus constants des oeuvres modernes, depuis Madame Bovary et Les Fleurs du mal, jusqu’à Kafka ou Beckett, c’est que ça finit mal, ou plus mal que ça commence. Or Le Temps retrouvé, avec la révélation de « L’Adoration perpétuelle » et le carnaval du « Bal de têtes », se termine par une apothéose. Le narrateur, en panne depuis trois mille pages, trouve le truc qui lui permettra de surmonter son impuissance d’écrivain et de réaliser son oeuvre, probablement celle que le lecteur a en main. Les dernières pages du roman sont jubilatoires, peut-être même un peu suffisantes. Déambulant parmi les débris d’un autre âge qui peuplent le salon de la princesse de Guermantes, l’ancienne Mme Verdurin, comme des masques de la décadence, des fantômes qui s’ignorent, le narrateur a conscience que lui seul a l’avenir devant lui (…).

Suite: http://www.magazine-litteraire.com/mensuel/496/recherche-hauteur-homme-01-04-2010-18914

 

 

Citas con Lautréamont, Mallarmé y Proust

En esta recta final de año, les recomendamos hacer un alto en las alocadas carreras por los centros comerciales o fingir estar enfermos para evitar cenas de empresa. ¿Para qué? Para venir a Bel-Ami…

Además, durante este mes de diciembre, aquellos lectores que vengan con un segundo lector ahorrarán, ambos, 15€ (35€ por las dos sesiones). Sí señor, estamos de promoción. Otra idea original que seguro que sus allegados le agradecerán: en estas navidades, no regale otro jersey, otra colonia, otra corbata… ¡Regale Bel-Ami…! 

Durante el mes de diciembre, pondremos fin al ciclo de “poetas malditos” en Espacio Leer con las lecturas de:

Isidore_Ducasse_Lautreamont

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

  • Stéphane Mallarmé, Poésies, 1899 (miércoles 16 de diciembre)
Stéphane Mallarmé (Manet, 1876)

Stéphane Mallarmé (Manet, 1876)

 

… y además haremos una incursión en el tiempo perdido de Proust, en Bel-Ami el Conquistador:

Marcel Proust (1891-1892)-Getty Images

Marcel Proust (1891-1892)

 

Verlaine, parlons-en (mercredi 18 nov., Espacio Leer)

De la douceur, de la douceur, de la douceur.
(Inconnu)

Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses:
De cette façon nous serons bien heureuses
Et si notre vie a des instants moroses
Du moins nous serons, n’est-ce pas ? deux pleureuses.

Ô que nous mêlions, âmes sœurs que nous sommes,
À nos vœux confus la douceur puérile
De cheminer loin des femmes et des hommes,
Dans le frais oubli de ce qui nous exile !

Soyons deux enfants, soyons deux jeunes filles
Eprises de rien et de tout étonnées
Qui s’en vont pâlir sous les chastes charmilles
Sans même savoir qu’elles sont pardonnées.

Paul Verlaine, Romances sans paroles, 1874

Rimbaud et Verlaine

Verlaine et Rimbaud, détail du tableau “Coin de table”, Henri Fantin-Latour (1872)

Une vie, Guy de Maupassant

Esta tarde comentamos Une vie de Guy de Maupassant, y seguiremos haciéndolo el 25 de noviembre (de 19 a 21h). Será en Bel-Ami el Conquistador (Jaime el Conquistador 22, bajo A).

Etretat la nuit, escenario de la novela

Etretat la nuit, escenario de la novela

De esta novela dijo Tolstói en 1894:

Une vie est un roman de premier ordre; non seulement c’est la meilleure oeuvre de Maupassant, mais peut-être même le meilleur roman français depuis les Misérables, de Victor Hugo (…). Cette fois la vie n’est plus, pour l’auteur, une suite d’aventures de débauchés; ici, le fond du roman, comme le titre l’indique, est la description d’une vie détruite, de la vie d’une femme innocente et charmante, prête à tout ce qui est noble, et détruite précisément par cette sensualité des plus grossières et des plus bestiales qui apparaissait à l’auteur, dans ses récits antérieurs, comme le phénomène le plus essentiel de la vie. Cette fois la sympathie de l’auteur se porte vers le bien”.

Léon Tolstoï, Guy de Maupassant, Éditions de l’Anabase, 1995